Martin et Monika Lenz-Aregger
42840 Montagny-Loire
 

Histoire de Montagny II

Montagny
Pays de vertes collines.
(Texte de Mr. Michel Déchelette)

I. Le village au sortir de la guerre
C'est un pays de collines verdoyantes, incliné en pente douce vers le bassin de Roanne où s'épanouit la Loire, barré à l'horizon par la chaîne des Monts de la Madeleine.
De vastes étendues de prairies, coupées de haies, avec quelques zones boisées plus sombres dans des plis de terrain. Ici et là, sous le soleil, les taches blanches de bœufs charolais, paissant paisiblement l'herbe grasse, et les taches rouges des toits de tuile de quelques grosses fermes solidement ancrées au sol: silhouette verticale et carrée de l'habitation, silhouette en longueur de la grange.
Sur les hauteurs, Montagny est un gros village perché au sommet d'une colline. Le haut clocher d'ardoise se dresse dans le ciel; les maisons au toit de tuile s'accrochent à flanc de coteau, serrées autour de l'église. Ça monte de tous côtés jusqu’au village qu’on vienne de Roanne, de Coutouvre ou de Thizy, et cela monte encore en direction du cimetière et de La Gresle.
Montagny est un village de paysans et de tisserands, entourés de commerçants et d'artisans, implanté au tout début des monts du Beaujolais, entre Loire et Rhône, aux confins Nord du Massif Central. Roanne est à 15 kilomètres, Thizy à 8 et Lyon à 75. C'est une région où l'industrie textile s'est développée depuis plus de deux siècles. Ses tissus à petits carreaux, blancs, bleus, rosés, en coton tissé teint se sont acquis une solide réputation sous les appellations de Vichy ou zéphyr. Chaque village, ou presque, a son usine de tissage.
Le village s'étend le long de la route nationale de Roanne à Thizy et le long de la route de La Gresle et s'étale autour de la grande place toute en pente et de deux petites places, la place de l'église et la place du puits. L'imposante nef de l'église domine le bas de la grande place où sont implantées la mairie et la salle des fêtes. Le monument aux morts est à deux pas, ainsi qu'une grande fontaine circulaire.
Les maisons sont hautes, couvertes par un toit à quatre pentes. La pierre du pays est dure à l’œil, d'un orange foncé. Les façades en pierres sont tristes, austères. D'autres sont recouvertes d'un crépi rugueux, coloré de gris, de marron ou de rose.
Au pied de la colline, deux usines témoignent de l'activité textile du village, dans le passé et le présent. L'usine A a été agrandie en 1885, l'usine B a été construite en 1908. En été, les portes des ateliers sont ouvertes et on entend «battre » les métiers.
Mais on entend aussi chanter les coqs, siffler les merles et aboyer les chiens. Au-delà du «bourg», c'est la campagne: les prairies s'étendent de collines en collines.
C'est un pays rude.
Le climat est dur. On est dans le massif central. Les hivers sont froids - on est à 500 mètres d'altitude - avec souvent de la neige; les étés sont chauds, les prairies prenant une couleur verdâtre et terne de paillasson.
Les gens sont durs à la tâche et économes, éleveurs de bêtes à viande, artisans, commerçants et ouvriers du textile: tisseurs et «gareurs» de l'usine, petits «façonniers » indépendants. La population a atteint 2 100 habitants avant de se fixer autour de 1 100 depuis plus de cinquante ans.
Beaucoup de maisons sont austères avec leur façade en pierre et leur toit peu pentu en tuile mécanique. Les logements manquent de confort. Beaucoup de montagnards habitent de petits appartements dans de hautes maisons de deux ou trois étages. La cuisinière au bois et au charbon sert à la cuisine, et au chauffage avec éventuellement l'appoint d'un poêle.
Les cabinets sont encore souvent au fond du jardin. Toutes les maisons ont l'électricité mais ont-elles toutes l'eau courante? Le tout à l'égout n'existe pas. Les femmes font bouillir le linge dans de grosses lessiveuses; il y a un lavoir aux cités, mais sert-il encore? Les lave-linge n'existent pas; très peu de gens ont un réfrigérateur.
La vie du bourg est rythmée par les sirènes des usines et la procession des ouvriers et ouvrières qui gagnent ou quittent le travail et par le va-et-vient des enfants autour des trois écoles. L'arrivée des autocars Buchet, qui viennent de Roanne ou Thizy, met aussi un peu d'animation. Le matin et le soir, des personnes convergent vers la ferme du Creux, tout au bas de la grande place, pour chercher du lait frais. Dans les fermes, dispersées dans la campagne, on s'active aux travaux des champs au rythme des saisons.
A la sortie de la guerre, on va à pied, à bicyclette, ou en charrette tiré e par un cheval, rarement en voiture ou en motocyclette. En 1940, les voitures étaient encore rares et certaines ont été réquisitionnées par la milice. En 1945/47 le village compte quelques voitures: Hotclhkiss, Renault (Celtaquatre, Juvaquatre, Viva Grand Sport), Citroën (B14 - 15 CV). Le docteur Convert a une minuscule Simca 5. Monsieur Balmet instituteur a une moto qu'il attelle à une remorque pour transporter ses ruches. Les autocars Buchet font quatre rotations par jour en direction, de Roanne, Thizy et Cours. Ils sont souvent bondés et transportent sur l'impériale bien des colis, y compris des cages contenant des volailles ou des lapins. Les grands déplacements sont rares et se font en train, à partir de Roanne ou de Saint Victor.
Le village vit des produits de la terre. Chacun ou presque possède son jardin et s'active, dès l'arrivée du printemps, à cultiver ses légumes. Montagny est un pays de bonne cuisine, dans le prolongement de Lyon: cervelas, «sabrenard» , saucisson sec, volaille ou lapin, veau et bœuf. Dans les fermes on tue le cochon, plus rarement un veau, pour préparer rôtis, terrines, pâtés de tête, boudin, saucissons, jambons, lard et petit salé que l'on conserve au saloir. La graisse est fondue et conservée dans de gros pots en grès, on fait de même avec les œufs. Aux beaux jours, les femmes font des confitures et mettent en bocaux les légumes: tomates, haricots verts, petits pois.
L'ambiance du village semble détendue, sauf au moment des élections.
Chacun vaque à ses occupations.
Les agriculteurs sont surtout éleveurs, naisseurs et emboucheurs, de bêtes à viande, les blanches charolaises. Les soins aux bêtes sont prenants, chaque jour. L'année est marquée par les gros travaux: les labours d'automne, les foins au mois de juin souvent perturbés par la pluie, les moissons en juillet et les battages en août.
On coupe les foins en juin à la faucheuse (marque Puzenat) tirée par un cheval, en supputant une période de beau temps (les prévisions météo n'existent pas). On laisse sécher sur le sol, on retourne éventuellement le foin, à la fourche ou à la machine, puis on forme des andains à la râteleuse. On charge le foin sur un char, en vrac à la fourche, enfin on le rentre en vrac à «la fenière», en le salant par couches.
On utilise pour les labours des bœufs attelés sous le joug, charolais ou parfois magnifiques Salers à la robe roux foncé, aux cornes imposantes. Les travaux légers se font avec un cheval.
La moisson se fait à la moissonneuse-lieuse tirée par une paire de bœufs; la machine coupe les tiges de blé, orge ou avoine et les assemble en gerbes liées par une ficelle. On regroupe les gerbes en moyettes et on les laisse sécher sur le champ. Bientôt on les charrie jusqu'à l'aire de battage où on élève des meules et des «paillis».
Les battages réunissent dès l'aube une quinzaine d'hommes autour de la batteuse, installée dès la veille, et qu'entraîne un vieux tracteur par l'intermédiaire d'une très large et très longue courroie qui chuinte en tournant. Les hommes s'activent autour de la machine : lanceurs de gerbes, engraineurs sur le plateau de la batteuse, porteurs de sacs et porteurs de «blous» (les balles). On travaille beaucoup, en plein soleil, on mange de la charcutaille, et on n'oublie pas de boire. Les femmes aussi ne chôment pas, à la cuisine. Le soir la batteuse repart tirée par deux paires de bœufs.
Dans le prolongement de l'agriculture, le village compte deux maréchaux-ferrants, un bourrelier et un charron qui fabrique des chars, charrettes et tombereaux et ferre à chaud les grandes roues en bois.
D'autres artisans ont leur activité dans la commune: un maçon, un charpentier, un menuisier, un serrurier, un plombier, un électricien, un garagiste, un sabotier, un cordonnier, un tailleur, une modiste, deux coiffeurs et n'oublions pas cinq à six «façonniers» et quelques couturières (les demoiselles Rambaut et autres).
L'industrie textile est représentée par les Tissages Déchelette Frères qui emploient de l'ordre de 250 personnes et un confectionneur, Monsieur Escoffier, qui a peut-être une vingtaine de salariés.
Il n'y a pas de médecin. On fait appel à celui de Bourg de Thizy, le petit docteur Convert. L'hospice est tenu par des sœurs, il héberge des vieillards malades. Une sœur tient le dépôt de pharmacie. Une demoiselle Lagier fait les piqûres.
Les enfants vont en classe à l'école libre ou à l'école publique. L'école des filles est tenue par des sœurs de la congrégation Saint Charles en robe noire et cornettes blanches. Elle est juste à côté de l'église. L'école des garçons, aux Cours Martin, est dirigée par Monsieur Balmet et sa femme. «Le père Balmet » est par ailleurs apiculteur et joue de l'orgue à l'église. L'école publique, «la laïque », est mixte.
En ces années d'immédiat après-guerre, très peu de jeunes de Montagny vont au-delà du «certificat». L’école est obligatoire jusqu'à quatorze ans. En 1950, seuls fréquentent un collège à Roanne, à partir de la sixième, les enfants du notaire et de l'industriel textile et deux ou trois enfants de commerçants ou d'artisans. Le fils d'un immigré Italien va à «l'école pratique» à Roanne.
Les distractions sont celles de la campagne.
Le jardinage d'abord, mais c'est aussi une nécessité pour beaucoup.
Aux beaux jours, on dispute des parties de boules, à la lyonnaise, sur les jeux de boules des cafés - chez Pontille, chez Deville - et dans les hameaux. Pointeurs et tireurs des deux camps s'affrontent à force de boules ou de «canons» de vin rouge : le père Frade, Jean Mollon, «l' Eugène Dupuis » ...et bien d'autres.
La pêche a ses adeptes sur les bords des étangs de la commune, chez Constantin, chez Devilaine ou «aux quatre vents». Il faut de la patience et de l'attention pour pêcher carpes, gardons ou tanches. Le père Frade est le champion incontesté de la pêche à la grenouille.
La chasse a ses passionnés qui, avec leurs chiens courants, de race Beagle, arpentent la campagne, sur les terrains de «la communale», pour traquer lapins, lièvres ou perdrix, à travers prés, terres de culture, haies et bosquets. Ah le plaisir de lever un lièvre dans « les rouches» d'un fond de pré, ou une compagnie de perdreaux dans du blé noir ! Il y a de fins chasseurs qui prennent plaisir au travail de leur chien, et quelques «viandards» prêts à tirer un lièvre au gîte ou un canard sur l'eau. Il n'est pas rare que l'on revienne bredouille, ce qui donne lieu à des plaisanteries.
Le dimanche, la messe de 10 heures est le moment des retrouvailles de la semaine. Les hommes se rendent au café. Il y a le choix : chez Poizat, Pontille, Buffin, Patay, Duclos, Billet, Deville…. Les femmes font les courses à l'épicerie - chez «la Marcelle» -, au casino ou aux coops – à la boulangerie, chez Pontille ou Deville, à la boucherie-charcuterie, chez Théo Lacroix, chez Buffin ou chez Poizat.
Les samedis soirs et les dimanches, les jeunes courent les fêtes ou les bals dans les villages des alentours. On danse aux sons d'un petit orchestre - accordéon, clarinette, saxophone - des valses musettes, rumbas, sambas ou tangos. Il faut payer son écho pour entrer, on se fait tamponner le poignet pour éviter les resquilleurs. Il arrive qu'il y ait des bagarres entre gars de communes différentes.
Les courses cyclistes attirent beaucoup de monde. Le foot fera son apparition au village un peu plus tard, sur un terrain quelque peu vallonné - mais comment trouver un terrain plat à Montagny? - à l'instigation de Monsieur Peyrotet, directeur de l'usine et de Jean Mollon, cultivateur ouvert et dynamique.
La «Jeanne d'Arc», société de gymnastique, réunit les jeunes sportifs du village pour des exercices à la barre fixe. La clique forme des tambours et des clairons. La «Jeanne d'Arc» défile en tenue blanche, à la sortie de la messe, aux sons de la fanfare, le jour de la fête de sa sainte patronne.
Une ou deux années, un groupe de théâtre joue une pièce à la salle des fêtes de la paroisse. J’ai encore des frissons revoyant l'assassin - Louis Démurger - se glisser par une fenêtre pour surprendre sa victime.
La chorale de l'église, animée par l'instituteur libre, ne manque pas de talents et s'illustre à Noël avec des chants émouvants: «le très-haut dans nos campagnes», «minuit chrétien», «II est né le divin enfant». Le père Cholet a une belle voix de basse.
La fête de Montagny a lieu en août. Les manèges s'installent sur la grande place et la place de l'église: pouse-pousse, chenille, auto-tamponneuses. Les enfants et les jeunes s'en donnent à cœur joie. Le tir à la carabine attire les hommes pour gagner une bouteille de mousseux ou une poupée. Les bistrots regorgent de monde, et pourtant ils sont nombreux. Il arrive que certains prennent une bonne cuite.
Une des attractions de la fête est le mât de cocagne, bien lisse et savonné. Des jeunes tentent de grimper au sommet pour essayer de décrocher un jambon, une bouteille ou un bouquet.
Une course cycliste est organisée le dimanche de la fête. Le coureur local, Dartevelle, ne s'illustre guère sur le circuit très accidenté qui passe par le terrible Gabaron et déclare forfait à la suite de trois crevaisons, qui lui vaudront le surnom accusateur de «boîte d'épingles».
Le lundi après-midi, toute la commune se déplace «aux quatre vents». Dans une grande prairie vallonnée une course de galop oppose six ou sept chevaux, du tout venant et un ou deux chevaux de selle.
Le mardi, la vie reprend son cours habituel: on ne peut pas toujours être à la fête.
II. A la rencontre de quelques figures du village
Place de l'église
- Le père curé, l'abbé Brun, est un homme de rigueur qui veille consciencieusement au salut de ses paroissiens. C'est un fin lettré; on dit qu'il connaît cinq langues! Il célèbre les offices - les messes du dimanche à 7 h et 11 heures, les vêpres à 14h – et anime les cérémonies marquant les grands événements de la vie: baptême, communion solennelle, mariage, enterrement. Il enseigne le catéchisme aux enfants. Ils ne sont pas toujours attentifs. L'un d'eux, muet d'habitude, lève ostensiblement la main au début d'une séance: «Monsieur le curé, il y a de la glace dans le bénitier...» c'est plus concret que le mystère de la sainte Trinité.
- La petite madame Gay et son mari sont discrets et d'une grande gentillesse. Ils tiennent boutique sur la place de l'église dans une jolie maison ancienne, l'une des rares du village. On y trouve des fruits et légumes que monsieur Gay cultive dans un grand jardin, en contrebas du champ de foire, et dans un autre situé sur la route de Roanne, en dessous de la ligne droite - l'une des rares! - à Leva.
Autour de la grande place
- La mairie. En ces années 45/50, le maire est Louis Cholet, notaire avec son gendre Jean Vivien à «la Gonneterie» au bas du village sur la route de Thizy.
Un souvenir de dépouillement au soir d'une élection: dans une enveloppe électorale, deux petites feuilles de papier de soie destiné à un usage très personnel... sans doute pour marquer la haute estime de l'électeur pour tous les candidats.
- Monsieur Missana, tout juste arrivé d'Italie habite «la petite maison». Il est peintre en bâtiment. Debout sur un escabeau, il manie avec dextérité le pinceau et chante ou siffle pour se donner du cœur à l'ouvrage. Mais ce qui nous excite, nous les enfants, et nous intrigue, c'est son piano mécanique qui joue tout seul.
- A la ferme du Creux, Henri Danière, «l'Henri», est un jardinier émérite, qui sait cultiver toutes les plantes, même les plus difficiles. Il a aussi la responsabilité d'un troupeau de laitières, des hollandaises dont il assure la traite matin et soir; il est bon éleveur. Il ne chôme pas. C'est le meilleur homme de la terre. Avec sa femme, l'énergique Claudia, ils élèvent six enfants.
- Le champ de foire.
Une fois par an peut-être, a lieu une foire aux bestiaux. Les animaux à vendre sont attachés tout autour du champ de foire et les paysans et les marchands de bestiaux font le tour pour repérer les bêtes. Acheteur et vendeur concluent une vente par une tape dans les mains - tope là! -. Les marchands de bestiaux ont d'imposants portefeuilles garnis de gros billets... de quoi acheter bien des bonbons!
Le champ de foire sert aussi quelques fois aux «bohémiens» (ou «romanichels»), de passage dans la commune, qui y installent leurs caravanes tirées par des chevaux. Les hommes font des paniers d'osier. Les femmes courent les maisons pour proposer des paniers et des dentelles, et quémander de vieux vêtements.
Il est arrivé que des bohémiens mangent un hérisson. On dit qu'ils chapardent des poules et des lapins.
Un cirque monte parfois son chapiteau sur le champ de foire pour présenter son spectacle: voltige sur des chevaux ou des poneys, exercices de gymnastique.
- Dans le bas de la grande place, la mère Pontille, petite et rondelette, se partage entre la boulangerie et le débit de boissons, dans deux salles sombres au parquet rustique. Les clients dé filent pour le pain, de gros pains longs à la croûte dorée ou d'énormes miches de pain de campagne à la croûte foncée épaisse et à la mie dense. Dans la salle du bistrot, un artisan et un paysan discutent affaire autour d'une fillette de rouge.
La bâtisse a un grand portail par lequel on accède, dans la pente, à un jeu de boules. On est au pays de la lyonnaise, Gnafron aime les boules et le beaujolais: ça fait marcher le commerce.
- Monsieur Dorieux est un grand bonhomme brun, dur à la tache. Sa femme tient un petit magasin de fruits et légumes sur la grande place, j'y ai vu les premières bananes à la sortie de la guerre. Les hommes sont avant tout pépiniéristes. Avec les années, ils deviendront des créateurs reconnus de variétés de rosés.
- Mademoiselle Verne est modiste. Les clients ne se bousculent pas pour ses chapeaux. Les femmes de la campagne n'ont pas beaucoup de temps ni sans doute beaucoup d'argent à consacrer aux élégances. Elles sont le plus souvent habillées de noir.
Allez savoir pourquoi? Mademoiselle Verne vend aussi des bonbons, et ça c'est plus intéressant pour les enfants: des berlingots, des acidulés à l'orange ou au citron, des caramels et des sucettes Pierrot Gourmand.
- Monsieur et Madame Traclet sont tous les deux coiffeurs et fort aimables. Madame officie derrière une cloison et tout le salon profite de la conversation des dames plus bavardes, comme chacun sait, que les messieurs. Côté hommes, on ne prend pas rendez-vous et il faut souvent attendre mais il y a «Miroir Sprint » avec de pleines pages de photos des coureurs du tour de France, les Bartali, Coppi, Vieto, Geminiani et autres.
- De l'autre côté de la grande place, le forgeron est à la peine, grand gaillard mâchuré par la suie et la fumée il active la forge, déjà le fer rougit, bientôt il va le battre à grands coups de marteau qui retentissent par tout le bourg.
Le cheval est attaché à l'entrée de la forge, le fer brûlant est posé sur son sabot retourné vers le ciel, la corne brûle dégageant une forte odeur. Bientôt le maréchal ferrant enfonce à coups de marteau de longs clous dans le sabot. Pauvre cheval ! pense-t-on mais, il n'a pas l'air de souffrir.
- Juste à côté de la forge, le père Poizat est un cumulard: boucher, charcutier, emboucheur et cafetier. Ses andouillettes sont réputées jusqu'à Roanne. Il possède une voiture, ce n'est pas si courant à l'époque, une Renault Celta Quatre bleue.
- Tout près de l'église, en contrebas, Marcelle Rivière tient une épicerie dans un local long et sombre, encombré de boîtes de conserves, de litres de vin rouge et de mille autres articles. La porte tinte quand on l'ouvre. «La Marcelle» est une des gazettes du village. Les enfants ont vite fait de repérer les bonbons et autres caramels. La trappe de la cave, souvent ouverte, pique la curiosité: qu'est-ce qu'il y a en bas de l'étroit escalier?
Place du puits
- Le Lili Cholet est bourrelier de métier: il confectionne colliers et harnachements pour les chevaux, il carde aussi la laine des vieux matelas pour leur redonner le confort du neuf. Il fait partie du club des cent kilos de la commune, avec «le Jules Dubuis» et «le père Patin».
Le Lili possède une vieille Renault à capote. La sortie de son garage n'est pas facile, juste dans le virage sur la rue principale. On dit qu'un jour il fait signe courtoisement à un automobiliste d'avancer au moment même où il recule... vous devinez la suite. En ces années, un accrochage ça n'est pas si fréquent et ça alimente les potins.
- Le bureau de tabac est un point central du village. On y trouve les journaux: «La Dépêche de la Loire», «le Pays Roannais», le tabac: les Gauloises, les gitanes, les paquets de tabac bleu et gris, et des articles de bazar. Les amateurs de pêche peuvent acheter toutes sortes de fils, de bouchons et d'hameçons (à trois branches pour les grenouilles) et de belles cannes à pêche en bambou qui font rêver.
- Monsieur Talvat est sabotier et sa femme tient la boutique place du Puits. En cette fin de guerre, nombreux sont ceux qui utilisent encore des sabots. Certains les portent avec des chaussons, ou avec de la paille. Il y a de gros sabots rustiques, à peine dégrossis, et de jolis sabots fins, décorés, vernis, avec une jolie bride en cuir. Il y a aussi les sabotes dont le dessus est tout en cuir noir.
L'atelier de Monsieur Talvat est dans le haut de la route de La Gresle et, tout à côté, il gare son camion: un GMC amé ricain - un mythe de la guerre, le GMC – dont on vante la puissance et dont on est tout excité d'entendre le rugissement.
Route de Roanne
- Mademoiselle Pételle tient une petite épicerie à l'angle de la route de Roanne et de la route de La Gresle. Elle vend d'excellents caramels mous mais, à cette époque les enfants n'ont pas d'argent de poche. Le nom de Pételle nous fait rire. Il en faut peu pour rire quand on est enfant.
- La femme du garagiste. Madame Rolland, est une grande et belle femme. L'entrée du garage est gardée par un énorme chien noir, un dogue allemand sans doute, dont la laisse coulisse le long d'un fil de fer. Le molosse vous laisse entrer mais, si le patron n'est pas là, vous êtes bon pour une bonne frayeur avant de ressortir.
- Le Père Pacard est une figure du village, toujours prêt à rendre service. Il répare tout, vélos, motos, voitures, machines. Il court toute la journée, les mains noires de cambouis, pour dépanner les uns et les autres. Son magasin est un capharnaüm, un bric à brac où s'entassent toutes sortes de pièces neuves ou usagées.
- Monsieur Odermatt est plombier. Il est d'origine suisse, ce qui, à cette époque, est une étrangeté. Il est marié avec une fille de Monsieur Buffin boucher-charcutier. C'est un homme très sérieux, compétent et serviable.
- La poste est un lieu peu accueillant. Au bout d'un couloir sombre on entre dans un bureau divisé en deux par une haute grille derrière laquelle se tiennent la responsable, Madame Dansette, et une employée. Outre le courrier et les mandats, ces dames ont la charge d'établir les communications téléphoniques. Il y a encore peu d'abonnés au téléphone. Pour appeler un correspondant depuis chez soi, il faut actionner une dynamo en tournant une manivelle et attendre la disponibilité - certains diront le bon vouloir - de la préposée chargée d'établir la communication. Il n'y a pas à Montagny matière pour des écoutes téléphoniques mais, les mauvaises langues disent que les postières sont au courant de toute la vie du village.
Route de Thizy
- Théo Lacroix, charcutier et boucher, tablier blanc sur un pantalon à petits carreaux bleus et blancs, vous accueille d'un sourire chaleureux et d'un cordial bonjour dans sa boutique. Les saucissons et les jambons pendent au plafond, des morceaux de viande sont posés sur le marbre de l'étal, à côté de plats contenant du boudin, du pâté de tête ou des pieds de cochon. «Qu'est ce qu'il vous fallait Madame ?» et «le Théo» rejoint le billot pour découper deux tranches de faux-filet qu'il dépose sur la balance, sur du papier sulfurisé, avant d'annoncer le prix qu'il marque avec le crayon qu'il porte sur l'oreille.
- Monsieur Rivière est serrurier. Grand, brun, petite moustache, c'est un excellent professionnel, droit et rigoureux. C'est lui qui anime la société de gymnastique, «la Jeanne d'Arc ». Son fils Stéphane est électricien, chaleureux, compétent, dynamique, il s'installera à son compte, gagnera la confiance des industriels du textile et des particuliers, et développera, bientôt aidé par son frère Louis, une affaire qui connaîtra un large succès dans tout le département.
- Monsieur Billet tient un des nombreux cafés du bourg. Il parait qu'un rat lui a fait une drôle de surprise une nuit: surpris, pris de panique, le rat est monté dans la jambe de son pyjama... Aie, aie, aie !
- Juste avant le bureau des autocars Buchet, il y a un portail avec, derrière, une cour. Je me suis fait surprendre plus d'une fois par un méchant Loulou de Poméranie – longs poils et museau pointu - qui manifestait sa hargne d'être enfermé en se précipitant sur vous en aboyant. Heureusement qu'il y avait le portail !....... mais ça n'empêchait pas le coup de sang de la surprise.
- L'hospice est tenu par des sœurs et fait également office de pharmacie. On sonne à la porte, une sœur vient ouvrir et on entre dans des locaux bien cirés, avec une bonne odeur de cire. De grandes vitrines montent jusqu'au plafond, les étagères sont garnies de vases de porcelaine ou de grands pots de verre avec un col coloré de mauve.
Chacun porte une étiquette: menthe, camomille, verveine, arnica... Enfant, on n'a d'yeux que pour un grand pot contenant de gros morceaux de gomme blancs et roses.
- Le deuxième boulanger du pays, Deville, tient aussi un café et, il a installé un jeu de boules et une tonnelle. Aux beaux jours, certains montagnards aiment bien taquiner le cochonnet, mais il faut aussi se rincer le gosier après l'effort.
- Le cordonnier, on dit aussi « le bouif », a son atelier aux Cours Martin. C'est une petite pièce sombre, pleine de désordre tout autour de la grosse machine à coudre et où traîne une odeur où se mélangent la graisse, le cuir et la colle. Sur des étagères de bois il y a plein de paires de chaussures avec chacune une étiquette.
Dans la pente, un peu plus haut, et de l'autre côté de la rue, se dresse l'atelier d’Henri Gardet. Il tisse des cotonnades «à façon » pour un industriel qui lui fournit la matière (rouleaux de chaînes et canettes), le dessin et se charge ensuite de la vente.
Route de La Gresle
- Monsieur Bernard est menuisier. On le devine à sa tenue, bleu de travail avec une longue poche sur la jambe droite du pantalon d'où émerge un mètre jaune en bois. Il porte un béret et a souvent, sur l'oreille, un gros crayon noir. Il est pressé, le travail attend dans son atelier ou sur un chantier.
- Le cimetière est quasiment le point le plus haut du village. La vue est magnifique sur le pays de Montagny, immense tapis de verdure étalé de collines en collines. Les lieux sont calmes et recueillis, comme il convient aux morts qui ont bien mérité le repos, au terme du dur chemin de la vie. Ont-ils rejoint le Royaume céleste pour la vie éternelle ? Le cimetière s'anime le jour de la Toussaint: les familles viennent se recueillir sur la tombe de leurs défunts.
Souvenons-nous des générations qui nous ont réchauffés de leur affection et nous on ouvert la voie par leur labeur.
III. La communauté rurale de Montagny au sortir de la guerre.
Montagny est un espace de la ruralité. La campagne s'étend aux portes du bourg avec ses prés et ses champs entourés de haies, ses bois, sa rivière - le Rhodon - et quelques étangs. On entend chanter les oiseaux, le clocher sonne les heures et les demies; on cultive son jardin, on pêche, on chasse. Les paysans travaillent la terre et élèvent leurs bœufs charolais, les façonniers du textile et les ouvriers des usines font battre les métiers, les artisans et les commerçants du bourg sont à la tâche, dans leur atelier ou leur magasin. Les enfants sont dans les écoles qui s'animent de leurs jeux et de leurs cris au moment des recréations.
Avec sa population de 1 100 habitants et ses divers métiers, la commune se suffit en partie à elle-même pour les besoins quotidiens, mais elle commerce aussi avec l'extérieur pour l'achat de produits manufacturés, pour l'achat du coton et pour la vente des bestiaux et des cotonnades.
Dans ce cadre restreint, on se connaît, on se salue: ce n'est pas l'anonymat de la grande ville. Tout le monde fait bon ménage, Montagny est une commune paisible, même s'il y a, comme partout, des jalousies, des inimitiés, et des rivalités de bords. Les montagnards ne sont pas des saints.
Les ouvriers des usines vont donner le coup de main dans les fermes pour les foins, les moissons et les battages. Le temps est une préoccupation pour tous, paysans et jardiniers. A la belle saison, en été, rôde l’angoisse de la sécheresse. L'agriculture continue à perdre des bras, le mouvement s'accélère, aussi des enfants de paysans s'embauchent à l'usine.
Les gens se retrouvent aux beaux jours pour bavarder sous une tonnelle ou pour jouer aux boules. Quelques-uns chassent ou pèchent entre copains. Certains font une partie de belote dans un des nombreux cafés du village. On se réunit le plus souvent autour d'une bouteille de rouge. Le vin tient une place importante pour les hommes, quelques-uns en abusent. Les ouvriers bénéficient des congés payés mais, peu ont les moyens de partir à la mer ou à la montagne.
La vie du village est marquée par les fêtes religieuses - Noël, Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, la Fête Dieu, le 15 août, la Toussaint - par les réunions familiales à l'occasion des baptêmes, mariages et enterrements, et par la fête du village.
L'Eglise est très présente dans la vie des familles. L'école catholique - école des filles, école des garçons - scolarise peut-être les deux tiers des enfants et le catéchisme enseigne les commandements chrétiens à beaucoup des rejetons de la commune. La «Jeanne d'Arc» réunit des jeunes pour faire de la gymnastique ou jouer du tambour ou du clairon. Les deux messes du dimanche rassemblent une bonne partie de la paroisse et presque tout le monde pour Noël et Pâques (on fait ses Pâques). Les familles se réunissent, sous la protection du Dieu des chrétiens, pour les grands événements de la vie. Certaines années, la kermesse, organisé e pour aider les écoles libres, réunit tout le village ou presque autour de jeux et de comptoirs dans la propriété du Creux.
En ces années 45/50, la vie à Montagny est calme, immobile penseront certains. Le travail tient la place essentielle, les loisirs sont l'accessoire.
Les habitants mènent tous un peu la même vie, en dehors des métiers qui les différencient. Ils ont le sentiment d'appartenir à une communauté. Ils partagent pour la plupart les mêmes valeurs:
- Le respect du travail: il est une religion pour beaucoup, en particulier pour les paysans, artisans et commerçants,
- La responsabilité: «aide-toi et le ciel t'aidera»,
- Le bon sens: «les paysans ne sont pas assez savants pour raisonner de travers»,
- L'honnêteté: on est de parole, on peut se faire confiance, il y a peu de vols,
- L'attachement à la famille et à la stabilité conjugale. Le divorce est très rare, les infidélités?
- L'attachement à la patrie.
- L'instruction? L'idée que l'instruction est le premier moyen de la promotion sociale n'est sans doute par partagée par tous mais, beaucoup de familles manquent des ressources nécessaires à la prolongation des études de leurs enfants. A Montagny, l'école ne va que jusqu'au certificat d'études.
L'importance de l'éducation est par contre reconnue et les familles s'efforcent d'inculquer de bons principes à leurs enfants.
Ainsi vit Montagny dans l'immédiat après-guerre. Les jours passent, les saisons s'enchaînent, l'année est bientôt écoulée, et le compteur continue de tourner. Certaines années comptent plus que d'autres avec leur poids de joies et de peines. Chaque année a son lot de décès et de naissances.
Après le laisser-aller de l'entre-deux-guerres, la honteuse défaite de 1940 et les quatre années sous le joug allemand, la France s'est attelée, avec ses divisions habituelles, à la reconstruction et au développement de l'économie. 1945/1950 a été une période de grands efforts.
La roue tourne, rien n'est marqué dans le marbre, le monde change.
En 1950, pouvait-on pressentir les lignes de forces et les événements majeurs des cinquante années à venir? Sans doute pas.
Le char de l'histoire est en route, inexorablement, cahotant au fil des événements, poussé ou tiré par:
- L'ouverture à des idées nouvelles, l'ouverture des frontières (locales, nationales),
- Le développement de l'instruction,
- L'explosion du progrès technique et de la mécanisation,
- Le développement économique et la progression du niveau de vie:
banalisation de l'automobile, du matériel électroménager, du té lé phone, de la radio et de la télévision puis de l'informatique. Essor des loisirs et des voyages,
- La construction de l'Europe,
- La décolonisation avec les guerres d'Indochine puis d'Algérie,
- La remise en cause des valeurs dites traditionnelles, symbolisée par mai 68, et la propagation des «idées modernes»: liberté, individualisme, matérialisme, hédonisme...
Nous voilà en 2005, un demi-siècle plus tard.
La France a connu des changements profonds.
Montagny n'a pu rester en dehors de l'évolution.
La commune n'a plus le même visage qu'en 1950.
Je ne suis plus du pays et ne le connais plus dans ses tréfonds, aussi je ne peux pas en dessiner un portrait, tout juste puis-je esquisser quelques traits. Les difficultés de l'industrie textile et de l'agriculture ont fait chuter les effectifs et transformé les métiers.
Des professions ont disparu du village: maréchal-ferrant, tisserand façonnier, sabotier, cordonnier, bourrelier, modiste...
De nouvelles professions se sont implantées: médecin, pharmacien, infirmières...
La plupart des familles ont une voiture. On va à Roanne ou à Thizy pour faire des courses ou même pour travailler. Les enfants sont nombreux à aller au CES ou au lycée, à Roanne ou Thizy.
Les maisons ont été restaurées, de nouvelles maisons ont été construites.
Le chômage?
La paroisse n'a plus de curé, la pratique religieuse s'est effondrée.
Montagny vit au rythme du nouveau siècle.
Le soleil n'a pas changé le rythme des jours mais, les hommes ont accéléré la cadence. Tout bouge, pour le meilleur et pour le pire. Le monde d'hier, fermé, immobile, n'est plus.
Les figures des années 45-50 se sont éteintes. Hommage leur soit rendu!
De nouvelles générations sont aux affaires et les jeunes se forment pour la relève. La vie continue à Montagny, à la fois semblable au passé et nouvelle. Le haut clocher d'ardoise domine toujours les toits de tuile du village perché sur la hauteur. La campagne verdoyante s'étend toujours, sous le soleil, de collines en collines. A l'horizon se profile toujours la longue barre des Monts de la Madeleine !...mais, la vie a bien changé.
Une question me vient: les jeunes courent-ils encore la campagne - avec un «baladeur» peut-être? - pour observer les oiseaux, écouter leurs chants, dénicher les nids, attraper des grenouilles, manger des noisettes ou des cerises sauvages le long des haies?

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Thérèse Lacroix 3/11/2016
Montagny, autrefois nommé Saint-Sulpice-en-Brionnais, est le parfait trait d’union entre le Roannais et le Beaujolais. C’est un village chargé d’histoire avec son abbaye, sa seigneurie, ses fiefs et ses grandes familles. L’abbaye érigée vers 900, sous le règne de Charles le Simple, rend Montagny plus que millénaire. On retrouve dans les écrits une famille féodale avec les seigneurs de Montagny, notamment un Roland de Montagny en 1030. Parmi les grandes familles, on peut noter la famille Déchelette qui donna un évêque né à Montagny, plusieurs savants et de grands industriels ayant eu des fonctions de maire et député comme Joannes Déchelette (1902-1919) qui fit ériger la fontaine. Ce pays de seigneurs est un pays de châteaux, appartenant maintenant à des particuliers. Les premiers ateliers de filatures ont été créés dès 1789 par Marcellin Moulin. Ce n’est qu’en 1887 et 1908 que les usines ont été construites par Joseph et Joannes Déchelette faisant monter la population jusqu’à 2500 habitants, alors qu’elle se situe à ce jour autour de 1100 habitants. Les industries textiles ont disparu, laissant la place à une zone artisanale où technologie haut de gamme pour des étiquettes de luxe ou marquage industriel se côtoient avec de l’agroalimentaire et de l’artisanat. Dans le cœur du village, les nombreux commerces d’antan ont disparu. Il reste une boulangerie, une supérette, un café-restaurant, la pharmacie et les professions médicales : pharmacie, médecin, kiné, infirmières et un Ehpad de 50 lits.