Martin et Monika Lenz-Aregger
42840 Montagny-Loire
 

Histoire de Montagny I

Etymologie : (Origine du nom) du bas latin Montanosus ou Montagnosus, sans doute en raison de sa situation montagneuse, comme probablement les huit autres « Montagny » de France.
Superficie : (Cadastre rénové au 1/1/1959) 2449 hectares 68 ares 30 ca.
Altitude: 458 mètres.
Situation : Montagny occupe une situation remarquable sur les premiers contreforts des monts du Beaujolais, dominant la plaine de Roanne. Sur la route nationales 504, at au carrefour des routes D49 (Coutouvre-Régny) et D45 (Lagresle). Longueur des voies ; route nationale 6 km, chemins départementaux 15 km ; voies communales 12 km ; chemins communaux 69 km. Total : 102 km.
Ruisseaux : le Rhodon, le Trambouzin,
Hameaux principaux : Roche, Châtelus, Avaize, Le Pommier.
Constitution Géologique: Deux sorts de terrains :
a) Sédiments et produits de projection ; tufs résultant d’explosions volcaniques. D’âge carbonifère inférieur, comprenant des schistes inclinés (Le Pommier, La Rama) et des intercalations calcaires /Les Buis, vallée du Rhodon, Gondras, Roche). Conglomérat de galets de quartzite de calcaire et de porphyre (Sud de Montagny), grès de teinte variable, couches d’anthracites (près d’Essertines, sud de la Rue, Verpierre).
b) Roches éruptives, type microgranite plus récentes mais toujours de carbonifère inférieur (Collines de Montagny, Route de Thizy, La Cavetière).
Ce petit bourg si charmant toujours, d’où qu’on le découvre: imposant et fier dans l’or des couchants ; délicatement enchâssé de prés et de verdure et se découvrant dans l’azur pâle, à l’aurore, sait-il que son histoire est si belle et si riche ? Qu’il soit permis à un de ses enfants d’adoption de tourner pour vous et non sans ferveur, les pages de sa prestigieuse histoire. Et d’abord les feuillets jaunis, ou plutôt dorés, de son passé.

Son passé :
Doit-il à cette situation remarquable son indéniable importance d’antan ? Sans nul doute. Mais cette importance était constituée de trois éléments : son Abbaye, sa Seigneurie, ses Fiefs.
a) SON ABBAYE le rend déjà plus que millénaire, puisque c’est peu après la fondation de l’Abbaye Bénédictine de Charlieu, en 872, que furent fondées vers 900 – sous Charles le Simple ! – les Abbayes de Saint-Sulpice de Montagny, Saint-Pierre de Thizy et Saint-Martin de Cublize. Gros conflits d’intérêts à ce sujet entre les clergés régulier et séculier, à ce point qu’en 926, un Concile (sic) tenu à Charlieu, ordonna la restitution des églises de ces pays au Monastère de Charlieu. En tout cas, si les Bénédictins avaient le droit de nommer le Curé de Montagny, ils partageaient avec la population l’entretien de l’église : Les religieux, le Chœur : les habitants, la nef. Cette Abbaye était desservie au XIIIe siècle par un chapitre de trois prêtres. Ce fut, précisons-le bien, à cette Abbaye de Saint-Sulpice de Montagny que succéda l’église paroissiale de Saint-Sulpice de Montagny, mais les mêmes vicissitudes d’intérêts puisque, en 1729, le Curé Coutin eut un long procès avec le Prieur de Charlieu qui percevait cependant de très lourdes dîmes, au sujet de la « portion congrue » que le Prieur devait payer au Curé.
Remarquons enfin ce nom de Saint-Sulpice de Montagny qui fut celui de l’Abbaye, puis de la paroisse, au cours des âges, pour dire que contrairement à une opinion très répandue, je n’ai pu trouver aucune indication prouvant que Montagny se soit appelée Saint-Sulpice de Montagne ou Saint-Sulpice-en-Beaujolais.
b) Sa Seigneurie. Il y eut aussi une famille féodale de Montagny: les Seigneurs de Montagny, qui devait être très ancienne puisque déjà, en 1030, on trouve un Roland de Montagny. Mais cette famille « tomba en quenouille » (C’est-à-dire n’eut plus que des dilles) vers la fin du règne de Saint-Louis, et sa dernière héritière remit les titres et les biens de la famille au très puissant Guichard de Montagny qui possédait d’immense biens en Bourbonnais, en Beaujolais et en Forez puisqu’en 1273 il délaissa par échange à Guy comte de Forez, le quart par indivis de la Ville de Roanne et appartenances. En 1338, Marie du Thil dame de Montagny, épousa Edouard 1er, comte de Beaujeu, et en 1355 Falconne de Montagny, épouse Arnulphe d’Urfé.
Toutefois, il est certain que vers 1400 la paroisse de Montagny dépendait effectivement de la Châtellenie de Thizy, ce qui lui valut, en 1398, le rare privilège de « Chasseur la grosse bête ». On trouve, en effet, un deuxième Guichard de Montagny, Seigneurs de Thizy, en 1412 ; Germaine de Montagny, épouse d’Antoine de Vichy, en 1475 ; Claude de Montagny épouse Françoise de Semur, en 1565. Enfin, le 15 juillet 1577, Antoine de Foudras épouse Françoise de Montagny, fille de Claude « Seigneur du lieu ». Plusieurs mentions des Seigneurs de Montagny se trouvent encore jusqu’en 1750, puis cette famille d’éteignit au cours des âges.
c) Ses Fiefs. La Seigneurie de Montagny avait trois fiefs à l’origine : La Pierre (dont je n’ai retrouvé aucune trace). Peut-être la Perrière ou Verpierre, actuellement la Pra et Essertines. La Pra (Le Pré) était le plus important puisque, très tôt, la Seigneurie de Montagny fut partie intégrante du fief de La Pra. Sous Françoise Ier (1500), les terres de Montagny et la Pra appartinrent à Antoine de Laveu, puis à sa femme Catherine Dalmais. Puis les de Rébé de Thizy en devinrent propriétaires vers 1580. Comme ils étaient du parti d’Henri IV, ils attirérent la colère de Ligueurs qui pillèrent le château. En 1601 Jacques de Rébé, capitaine au service d’Henri IV le possédait. La Pra fut acquis ensuite, en 1620, par Madame de Pélicieux qui le revendit à Marcellin Giraud et à sa femme Damoiselle de la Courte, qui le posséda très longtemps. Enfin, les terres de La Pra devinrent la propriété des Eigneurs de l’Etouf de Pradines jusqu’à la Révolution. Le Château, incendié, était tombé en ruines sous Louis XV. Il n’en reste que de vestiges.
Essertines (dénommé ainsi à cause des buissons et taillis épineux de ce lieu). Très ancien aussi puisqu’en 1486 le chevalier Antonin de Varennes fit le dénombrement de ce fief qui appartenait à la Maison de Varennes-Rapetour « depuis quelques siècles ». En 1753, la terre d’Essertines appartenait à Benoît Déchelette, Seigneur d’Essertines, puis elle passa à la famille d’Arcy à Varennes. Vers 1700, elle est aux mains de Châtelain qui accolèrent le nom de Belleroche ou la Roche.
En 1750, elle fut la propriété d’une famille qui en prit le nom « Desserines ».
Puis en 1774, M. Roland (peut-être M. Roland de la Platiére) la racheta, et le dernier propriétaire, avant la Révolution, fut M. Mottin.
Pour en terminer sur les origines de Montagny, indiquons qu'à la Révolution c'était le marquis de l'Etouf de Pradines, qui était Seigneur de Montagny comme possesseur du fief de La Pra, ce qui prouve bien que le fief était devenu plus important que la Seigneurerie.
Le Prieur de Charlieu avait toujours les mêmes droits et pouvoirs. En 1788, le village "était du Beaujolais, archiprêtré de Beaujeu, diocèse de Mâcon, justice de La Pra, sénéchaussée de Villefranche". C'est en 1790, à la suppression des Provinces, que Montagny devint commune, du canton de Perreux, département de Rhône et Loire, puis de la Loire en 1793.
Mais au cours des âges, que de malheurs s'abattirent sur ce pauvre pays ! Pillages lors des guerres de la Ligue (1590), mise à sac de l'église en 1600 et surtout, effroyable famine de 1694.
La misère y fut telle qu'on trouvait sur les chemins, des hommes morts de faim la bouche pleine d'herbe" et on se souvient encore actuellement du : pain de fougères...
De fait, alors que la moyenne des décès était de 30 à 40, j'ai relevé sur nos registres, 201 décès cette annee-là!
Terrible hiver de 1709» où les arbres éclataient avec fracas. Violente épizootie de 1714, qui tua tous les chevaux, les vaches, les moutons et même les animaux de basse-cour. Il y eut des processions et des messes (auxquelles s'associa Philibert Richard de Montagny.
En 1761, 1774 et 1793. invasion de loups qui venaient rôder dans les rues.
Pillages de brigands au cours des années suivantes. Maladie contagieuse inconnue qui emporta presque tous les enfants vers 1761-1783 (84 décès en 1783), à tel point que le Curé Jacquetton rédigea une supplique pour avoir un médecin.
Et plus près de nous, en 1829, terrible hiver, le sacristain venant couper le pain à la hache à l'école, nouvellement fondée.
Aussi, les habitants de Montagny très malheureux, opprimés par la Dîme (qui se prélevait à la quatorzième gerbe), accueillirent-ils la Révolution avec empressement.
Je ne puis que mentionner les démêlés extraordinaires de la Municipalité avec le Clergé, non pas tant avec le Curé Jacquetton qui avait prêté serment à la Constitution, qu'avec son Vicaire l'abbé Verrier, qui s'était rétracté et que la Municipalité chassa, et aussi les cérémonies aussi somptueuses que grotesques en l'honneur de l'Etre Suprême et à la mort de Mirabeau.
Je délaisserai l'histoire pittoresque de Montagny, et notamment la requête des habitants en 1807, à l'effet d'avoir un garde pour surveiller les chèvres, et l'inauguration du train Renard, pour rendre un dernier hommage au passé en rappelant les grandes familles de Montagny, ses curés, ses maires, puisque nous avons les registres d'état-civil depuis 1660, et que, comme on le sait, les curés ont tenu ces registres jusqu'à la Révolution (1792).
GRANDES FAMILLES
La famille Déchelette, qui donna un évêque né à Montagny, plusieurs savants et de grands industriels.
La famille Devillaine, bienfaitrice du pays. Et toutes ces autres familles qui ont donné de valeureux citoyens, d'excellents chefs de famille, et souvent de bons prêtres ou religieux : Moulin, Beluze, Rivière, Gardet, Badolle, Dessertines, Chavanis, Déchavanne, Grosdenis, Chollet, Plasse, Patay, Vaginay, Monrocher, Constantin, Berchoux, Auroux, Berjat, Destre, Pétras, Démichel, Laffray, Vivière, etc...
Qu'on m'excuse de ne les nommer toutes, j'ai pris les plus anciennement mentionnées.

SES CURÉS: (années de nomination).
En 1482, Tricaud (cure de Montagny et d'Ecoches !...), en 1645, Morestain. Puis Gondras, 1671, de Damas de la Villette, 1675» Delpeuch, 1697, Saclier» 1703» Bonnet de Saint-Héran, 1707. Coutin, 1729, Devillaine, 1747, Jacquetton 1768 à 1792.
Au Concordat, en 1901 Mermet, Duperron 1818, Nourrisson 1838, Marcel 1855, Bail 1877, Bourrat 1884, Joseph Bourrat 1894, Dussurgey 1901, Brun 1926, Fayolle 1948. VICAIRES, DEPUIS 1900 : Durand 1895, Crozier 1902-1923, Valarin 1903, Chassagnon 1911» Néel 1923, Dumas 1927.

SES MAIRES: Sous la Révolution, agents municipaux, alternativement :
B. Moulin, B. Déchelette, Baluze, Gardet, Marcellin Moulin (maire et député), Cl. Moulin.
Puis J. Devillaine 1709, E. Devillaine 1814, Pétra 1830, C.M. Dugoujard 1842, Docteur Pétra 1861, J. Dugoujard 1875, St. Déchelette 1875, Journet 1880, Jules Dugounard (deuxième mandat) 1888, J.Déchelette 1902 (maire et député), Desseignez 1919, L. Cholet 1925» Patay 1945, Brachet 1947, Mme Gardette 1953, P. Rivière 1965, (maire et député).

MONUMENTS
Si nous n'avons pas hélas, de choses très précieuses ou très anciennes, du moins avons-nous un très ensemble de monuments dignes d'intérêt.
L'EGLISE : Comme une nef au-dessus des eaux, mais ici les flots mouvants sont les "ondulations de la verdure, des champs, des prairies, et des bois" comme le dit, si justement, l'abbé Prájoux.
Je rappellerai seulement que sa reconstruction décidée en 1835» fut effectuée en 1841-1842, presque sur l'emplacement de l'ancienne, et sur l'ancien cimetière.
Elle fut livrée au culte en 1842 et coûta 64.484 francs !
Le clocher fut édifiées en 1846, et quatre cloches furent fondues par Burnichon de Coutouvre, (elles furent restaurées et augmentées d'une autre en 1926).
Cette église fut consacrée le 19 avril 1847, par le Cardinal de Bonald, sous le vocable de Saint-Sulpice et de l'Immaculée-Conception, en présence de 50 prêtres, du Sous-préfet, des 2.000 habitants de Montagny et de ceux des communes voisines. Le curé était M. Nourrisson qui fit l'avance d'une partie des frais.
En 1862, furent placées les boiseries du Chœur, qui coûtèrent 1’514 francs, grâce en partie à un legs de M. de Villaine. Les fonts baptismaux datent de 1854, le crépissage, de 1897.
L'orgue (ancienne orgue de Rive-de-Gier), fut donnée en 1891, par l'abbé Benoît Gardet, alors curé de cette ville. Vitraux et table de communion furent placés après.
Rappelons le pénible épisode de l'inventaire du 3 mars 1906, le Percepteur s'avançant dans l'église et arrêté par les nobles protestations de M. le Curé et de M. F. de Villaine et G.Déchelette.
Mentionnons enfin les améliorations apportées par M. le Curé Fayolle (restauration des orgues, chauffage, sonorisation), sans oublier les 45 ans d'exercice de Joannès Démurger, sacristain.

LES CROIX :
Montagny possède une quinzaine de croix de mission ou votives, telle la Croix Faisan au plan de la Perche, érigée à l'endroit où A. Faisan fut victime d'un accident de che¬val, et où sa mère venait faire l'aumône.
Certaines sont très anciennes. Il devrait y en avoir plus, mais la municipalité "sans-culottes" de Montagny en avait ordonné la destruction par arrêté du 16 frimaire an II.

LA MAIRIE :
Bâtiment coquet et bien situé, construit en 1881, restauré en 1951.
LE MONUMENT AUX MORTS :
érigé en 1919, rappelle le sacrifice de 56 enfants de Montagny pendant la Grande Guerre, et de 5 au cours de la deuxième. Rien n'est plus émouvant ni plus hautement symbolique que de voir l'ombre de la mairie et celle de l'église le couvrir chaque jour pieusement.
Mentionnons encore : la Salle des Fêtes, la Fontaine (1904) et notons que Montagny possédait un bon théâtre, un bon cinéma. Rappelons que le cimetière actuel créé en 1813 a été agrandi.

CHATEAUX :
Montagny, pays de seigneurs, se devait d'être pays de châteaux. Il est probable que jadis ceux-ci étaient plus à l'est que le pays actuel. C'étaient, bien sûr, la Pra et Essertines, la maison forte de Gondras, et peut-être la Perrière.
Les châteaux modernes sont nombreux t château de la Roche (1786) de Villaine ; château d'Armont (1842) Déchelette ; des Varennes (1850) héritiers Beluze ; du Creux (1860) Déchelette ; de la Gonnetterie (1867) Cholet ; de Léva (1894) Déchelette à la place d'une ancienne maison forte.

INDUSTRIE :
Les origines du tissage à Montagny sont anciennes. En 1789, Marcellin Moulin avait créé les premiers ateliers et en 1790 M. Chaverondier fonda une filature qui, menacée par les rouets (sic) fut transportée à St-Germain-Laval, puis à Roanne vers 1798. Plus tard; des ateliers familiaux ou boutiques furent créés. En 1848, on comptait 250 métiers tant dans le bourg qu'à la campagne.
Mais ce fut surtout grâce à la famille Déchelette dont ce fut la grande oeuvre tant au siècle dernier qu'au cours de celui-ci, et notamment par la construction des usines (usine A en 1887 par Joseph Déchelette, usine B en 1908 par Joannès Déchelette).

AGRICULTURE :
C'est, bien entendu, la grande ressource, la grande acti¬vité du pays. Au recensement de 1667, Montagny était déjà porté "Pays bon a blé avec 169 feux".
Rendons hommage aux ancêtres qui ont cultivé avec amour leur terre natale, ainsi qu'à ceux qui maintiennent aujourd'hui l'honneur et la valeur de la profession.
En fait, Montagny est à présent un pays au sol assez fertile dans l'ensemble, mais très varié, avec prédominance d'argile et de silice. Pays de polyculture avec nette supériorité de l'élevage .

TOURISME :
Montagny, admirablement situé, permet de nombreuses prome¬nades charmantes. Du château d'eau actuel, la vue est splendide et permet de découvrir 60 clochers ! A 90 Km. de Vichy, 16 km de Roanne, 70 km de Lyon, 63 km de Villefranche, Montagny est bien situé pour permettre les célèbres circuits touristiques d'Auvergne, et aussi, tout près, le circuit savoureux et pittoresque des Caveaux du Beaujolais.
Il est surprenant que ce pays ne soit pas plus connu comme cure de repos et de grand air. Déjà les colonies de vacances de Léva et de la Bruyère sont florissantes.

SOCIETES :
Si la vitalité d'un pays se mesure à celle de ses sociétés, que dire de l'excellence du pays sur ce point !
Rappelons d'abord la mémoire de deux sociétés fameuses : la Fanfare et la "Jeanne d'Arc".

POPULATION :
En 1793; Montagny comptait 1325 habitants.
En 1895 = 2.500. En 1903 = 2001. En 1911 = 1892. En 1917 = 1700. En 1919 = 1.500. En 1924 = 1390. En 1935 = 1349. En 1943 = 1280. En 1952 :=1.220 et en 1958 = 1254.

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Cette plaquette a été réalisée grâce aux aimables documents de Maître Vivien.
Nouvellement saisit pour l’Internet par Martin Lenz en novembre 2009/2017